La fin des créateurs indépendants?

La belle époque du web est peut-être finie.

Il y a quelques années, on avait chacun son site web, sur lequel on était libre.
On l’agençait comme on voulait.
On était chez soi.

Bref, le web, c’était une fourmilière de petits créateurs, chacun avec leur site, sur lequel ils étaient chacun libres.

Mais les choses ont bien changé.

Voici l’évolution de l’intérêt du public pour les blogs, depuis 2004 :


Source : Google Trends.

On est revenu à la case départ : l’intérêt actuel est presque identique à 2004.

Le public est aujourd’hui sur YouTube, sur Facebook, et sur Instagram.
Et pas sur les sites des créateurs indépendants.

Ça semble une évidence aujourd’hui, et pourtant, quand j’annonçais la fin des blogs en 2015, j’ai reçu beaucoup d’attaques. Alors qu’en 2015, la courbe était déjà redescendue presque au niveau de 2004.

Bien sûr, les blogs sont encore trouvables sur Google.
Mais toute la dynamique qu’il y avait autour, qu’on appelait la « blogosphère », elle est bien morte et enterrée.

La ruine du petit commerce :

Il s’est passé la même chose avec les hypermarchés, dans les années 80 :

Autrefois, les gens faisaient leurs courses chez des commerçants indépendants. Aujourd’hui, on va chez Carrefour ou chez Leclerc.

Il s’est passé la même chose aussi avec les librairies :

Quand j’étais plus jeune, on achetait ses livres chez des libraires indépendants.
Aujourd’hui, on les achète sur Amazon ou à la Fnac.

Et il s’est passé la même chose avec le web :

On peut toujours créer du contenu, mais seulement du contenu conforme à la politique éditoriale des géants du web, et surtout… du contenu qui rapporte de l’argent aux géants du web.

On se retrouve à travailler gratuitement pour les géants du web :

Aujourd’hui, quand on est créateur, on travaille gratuitement pour Youtube, pour Facebook ou pour Instagram.

Plus les gens utilisent ces plateformes, plus elles gagnent d’argent, en affichant des publicités.

Elles ont donc besoin de contenu.

Et elles ont réussi à faire en sorte que la plupart des créateurs indépendants travaillent pour elles, gratuitement, à créer ce contenu.

Quand tu fais une vidéo YouTube, tu travailles pour YouTube, et tu lui rapportes directement ou indirectement de l’argent.

Quand tu écris un statut Facebook, tu travailles pour Facebook, et tu lui rapportes directement ou indirectement de l’argent.

Alors qu’autrefois, c’était l’inverse : les plateformes devaient PAYER les créateurs pour afficher de la publicité sur leurs sites (avec le programme Google Adsense, par exemple).

Lorsqu’une entreprise achetait de la publicité, l’argent était divisé comme ceci :

  • Une partie pour le créateur du site qui affichait les publicités
  • Une partie pour la plateforme (Google Adsense ou autre)

Le coup de génie des plateformes, c’est d’avoir supprimé le créateur de l’équation (sauf sur Youtube, à une moindre mesure).
Et de tout se mettre dans la poche.

Facebook a réussi, par exemple, à remplacer les communautés en ligne. Et à remplacer une bonne partie des blogs.

Du coup, il n’a pas à partager ses revenus publicitaires avec le créateur, puisque le contenu est publié à même Facebook au lieu d’être sur le site du créateur.

Facebook a l’époque, avait même pour ambition de « remplacer le web ». De faire en sorte que tout ce qu’on fait sur le web, on puisse le faire sur Facebook, sans en sortir.

L’objectif : pourvoir encaisser 100% des revenus publicitaires, ainsi qu’une commission sur les ventes si on utilisait leurs outils pour vendre.

Mais ça, ce n’était que la première étape…

Tenir les créateurs en laisse :

Année après année, les règles imposées par les plateformes deviennent de plus en plus strictes.

Dans les règles imposées par Youtube, par exemple, si on veut pouvoir monétiser ses vidéos, il faut que le langage soit approprié pour un enfant de 5 ans. Tu ne peux pas dire « merde », par exemple.

Dans les règles imposées par Facebook Ads, tu ne peux pas présupposer les attributs d’une personne.
Ça veut dire que tu ne peux même pas écrire « Tu as peut-être tel problème », parce qu’en écrivant ça, tu présupposes un attribut de la personne.

Bref.

Année après année, en plus de travailler gratuitement pour les plateformes, on voit leurs règles devenir de plus en plus contraignantes.

Pourquoi ? Parce qu’elles ont gagné :

Elles n’ont plus besoin de convaincre personne d’aller y créer du contenu, elles n’ont plus besoin d’être attrayantes pour les créateurs :
Elles ont le monopole.

A une époque pas si lointaine, il y avait plusieurs nouveaux réseaux sociaux par semaine. Personne ne savait lesquels pourraient décoller.

Mais aujourd’hui, les choses sont claires : face à Facebook (qui détient aussi Instagram) et Youtube, même Snapchat n’a pas réussi à faire poids (Snapchat est en bleu, tout en bas) :


Source : Google Trends

C’est la raison pour laquelle, année après année, les conditions offertes aux créateurs sont de moins en moins avantageuses.

Ça explique aussi ce qu’on appelle « l’AdPocalypse », le nom donné à l’énorme chute des commissions versées aux créateurs Youtube sur les publicités affichées sur leurs chaines :

  • Étape 1 : attirer les créateurs avec des conditions avantageuses

  • Étape 2 : avoir assez de créateurs pour être en situation de monopole

  • Étape 3 : rincer tout le monde et ne plus rien devoir à personne

Sommes-nous destinés à travailler pour les plateformes ?

La réponse est non.

Il reste un petit coin du web dans lequel les créateurs restent libres, et ce sont les communautés.

Et ce petit coin du web, il existera probablement toujours, parce que l’un de ces géants du web en a besoin.

J’explique tout :

La façon dont Google gagne le plus d’argent consiste à placer des publicités sur les pages de recherche :

À chaque fois qu’un visiteur clique sur l’une de ces publicités, Google gagne de l’argent, payé par l’annonceur via le service Google Ads.

Google a BESOIN que les gens fassent des recherches.
C’est dans son INTÉRÊT de faire en sorte que tes contenus y soit trouvables, parce qu’il gagne de l’argent lorsqu’on le cherche et qu’on clique sur une pub.

C’est la raison pour laquelle, si ton activité consiste à fournir du contenu indexable à Google, tu fais l’un des seuls métiers dans lequel on peut rester maître chez soi (sur son propre site web), tout en ayant des visites.

Tu es toujours dépendant d’un géant du web, mais beaucoup moins que si tu publiais sur une plateforme.

Et la façon la plus simple de fournir du contenu indexable à Google, ce n’est PAS de l’écrire toi-même (il faudrait écrire plusieurs articles par jour !).

C’est de le faire écrire par les autres.
Ça s’appelle le « User Generated Content », ou « UGC ».

On se souvient tous de la grande époque des forums de discussions.
Et aujourd’hui, quand on y pense, ça parait vieillot.

Beaucoup de communautés ont migré au fil du temps, depuis les forums vers les Groupes Facebook.
Mais le contenu des Groupes Facebook publics n’est pas favorisé par Google, même quand il est indexable. Peut être parce que Google n’a pas envie d’envoyer trop de trafic vers son concurrent.

La vérité, c’est que les forums apportent toujours du trafic en provenance de Google (à condition que les discussions soient qualitatives, et pas une succession de posts sur ce que les membres ont mangé la veille)…

Et ce qui fonctionne le mieux, ce sont les forums sur des sujets spécifiques (technique, expatriation dans un pays précis, entrepreneuriat…)

Les forums ne sont pas morts, ils ont juste changé de nom :

Reddit fait partie des 10 sites les plus visités au monde !

C’est un site communautaire moderne, qui ne ressemble pas du tout aux forums d’autrefois (surtout depuis la dernière version).

Les outils antiques de création de forums, comme phpbb, ont laissé leur place à des outils modernes, comme Discourse, qui permet de créer un site communautaire élégant, qui ne ressemble pas du tout aux forums d’autrefois.
(Voir mon forum pour savoir à quoi ça ressemble).

En fait, on devrait arrêter d’appeler ça des forums.
On devrait appeler ça des communautés.

Mais peu importe…

Deux choses sont sures :

  • Le besoin d’échanger et de discuter n’est pas prêt de mourir.

  • Et le besoin pour Google d’indexer du contenu qui sera recherché n’est pas prêt non plus de s’éteindre.

La clé, c’est de créer un site communautaire qui contienne de l’info LOURDE.
De l’info qui correspondra forcément à des recherches faites par les gens sur Google. Et surtout pas un forum de détente/discussion sans sujet précis.

Il y a quelques années, j’avais créé un forum qui correspond à ces critères, sur une thématique différente.

Le résultat ? J’avais réussi à faire monter à 30 à 40 000 visiteurs par jour.

Et demain, je vais t’expliquer exactement comment j’ai fait…

J’ai besoin de savoir :

Qu’est-ce qui te limite sur les plateformes des géants du web ?
Est-ce que créer une communauté, c’est quelque chose qui peut t’intéresser ?

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Je ne suis que très peu présent sur les plateformes du géants du web pour toutes les raisons que tu as évoqué.

Si je dois y aller, c’est souvent pour un client et dans ce cas je facture donc je n’investi pas mon propre argent et mon temps est rentabilisé.

Cependant entre acheter un support publicitaire à l’ère du numérique et avant, cela reste quand même bien plus rentable.

 
Pour ce qui est de la communauté, je suis totalement pour.

A mon avis il faut simplement se méfier des dissensions internes et aucune raison pour que ça ne fonctionne pas.

Surtout si celui qui l’a mène a l’expérience et la sagesse d’accompagner et de faire respecter une ligne conductrice aux autres.

J’imagine qu’il faut un but également. Comme pour tout. Autour de quoi se réunirait une communauté ? Quelle serait l’objectif qui pousserait des personnes à s’y investir ?

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Analyse très intéressante.

J’ajouterais que la difficulté pour créer un forum, c’est ce qu’on appelle l’externalité. C’est à dire qu’il est intéressant d’être sur un forum… si d’autres sont sur le forum.

Bref, il faut donc soit qu’il y ait un noyau dur très actif, soit qu’il y ait un gros boum d’inscriptions dès le départ.

Une fois qu’on a compris ça, on a les bons leviers pour créer un forum.

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C’était un peu le rôle de la formation offerte par Jean pour attiré plus d’inscrit.
Moi perso c’est ce qui m’a fait m’inscrire et découvrir la qualité du forum.
Et puis Jean est au taquet. Il lit chaque message et répond avec toujours une très bonne analyse du problème.

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Oui tu as complètement raison Karym.

Je suis un peu sceptique sur l’utilisation du terme « Blog » pour démontrer la baisse d’interêt du public à lire le contenu proposé sur le site du créateur.

Blog est un terme qui a été utilisé à tort et à travers, notamment pour une question d’effet de mode - et pour tout type de contenu.

Du coup, la baisse de l’interêt pour le terme de recherche « blogs »’ sur google tient au moins autant à deux autres facteurs : a) ce n’est plus à la mode et b) une partie du contenu qui n’a jamais été celui qui faisait gagner de l’argent aux créateurs, est partit ailleurs (majoritairement sur des plateformes comme FB ou Insta, mais aussi sur reddit, Medium,…)

Au final, ce que je constate c’est surtout que, pour un créateur, la « présence en ligne » est de plus en plus multicanale. En 2004, on faisait, comme tu le dis, son business tranquil dans son coin sur son site.Puis on a fait son business sur Facebook (et les pure-player qui n’avaient pas ou quasi-pas de site web étaient à la mode). Puis sur Youtube. Ou Insta. Ou Whatsapp. Ou Messenger. Mais finalement, en 2020, j’ai l’impression qu’une des clefs c’est de savoir choisir le canaux sur lesquels on est et pour quelle présence, quels besoins.

Un site bien fait, avec de contenu de qualité aura toujours la possibilité de se nicher dans les résultats de recherche Google. Ca n’est probablement plus le meilleur moyen de se faire connaitre et d’être découvert par des gens qui ne nous connaissent même - mais ca ne l’a jamais vraiment été (c’était juste un moins mauvais moyen).

Mais je te rejoins, un forum, reste, un bon moyen de rapidement avoir un grand nombre de page indexables (et indexées), particulièrement pour des requêtes de longues-traine tout en aidant à créer et fédérer une communauté.

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Je suis d’accord, le terme est en passe de devenir désuet, mais pas forcément l’idée de publier des « articles » sur une thématique.

J’ai ainsi cessé de parler de mon « blog » lorsque je m’adresse à mon audience depuis environ 2 ans mais je garde néanmoins mes articles répertoriées sur google dans le cadre de mon site web. Je n’emploie donc plus le terme « blog » et si je dois renvoyer un abonné à un de mes articles, je l’invite à le consulter sur mon « site ».

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